Publié le 18 Mars 2017

Mais si ça tient toujours debout
C'est que le temps n'a pas d'emprise
C'est comme ça que l'amour nous façonne
Ça résiste, ça penche, comme la tour de Pise
Et si ça souffle fort parfois
Sur moi, les vents n'ont pas de prise
Après tout, ces regards qu'on se lance
Oui, c'est bien le cœur que l'on vise

Zazie

Voir les commentaires

Rédigé par Fromswithlove

Repost 0

Publié le 5 Mars 2017

Je ne sais plus quel âge j'avais... peut-être 13 ans. La question m'a saisie comme une gifle. Je crois que je suis restée là, la bouche ouverte, à te regarder d'un air incrédule. Qu'est-ce que tu venais de dire ? Il a été question de vêtements et de maquillage, de centres d'intérêt. Tout le reste est flou.

Je suis rentrée chez moi étourdie. Peut-être que j'ai pleuré. Peut-être que j'ai regardé ma robe chasuble bleue comme si c'était la dernière guenille au monde, que j'ai un peu maudit les Kickers que j'avais aux pieds. A ce moment-là j'ai sûrement eu envie de savoir rire niaisement, d'avoir envie de rembourrer mon soutien-gorge, d'avoir envie de me peinturlurer, d'avoir envie de marcher avec des talons qu'on m'aurait interdits, d'avoir envie d'écouter du rap, d'avoir envie de sécher le cours de natation en prétextant des règles trois fois par mois, d'avoir envie de lire des mangas, d'avoir envie d'aller voir des films d'action d'horreur n'importe quoi sauf des films français.

Mais moi j'avais pas envie. J'aimais le théâtre, j'aimais répéter mes rôles, j'adorais jouer des femmes fortes, folles et rebelles. Moi je n'aimais lire que des livres, j'aimais traîner à la bibliothèque. J'aimais la piscine et je nageais aussi bien que les meilleurs garçons de la classe. Tous mes vêtements étaient bleus. Les films comiques ne me faisaient pas rire. J'aimais écouter les disques de mon père, j'aimais traduire les paroles. J'étais mal à l'aise avec ce corps trop grand pour moi, avec ces seins qui un jour se sont mis à pousser sur ce grand torse comme une mauvaise blague, avec mes grands pieds, mes longs bras dont je ne savais que faire. Alors, me déguiser ?

Et puis ma mère m'a dit "être normal, c'est être comme tout le monde", comme si "être comme tout le monde" était une chose vulgaire, qu'il ne m'était pas donnée de faire. Ca n'avait l'air d'inquiéter personne, tu vois, à part toi. J'ai peut-être cultivé cette différence, cette bizarrerie. Juste un peu.

Mais dans le fond, c'était là : je n'étais pas comme les autres filles, et ça me faisait un peu mal. Et même en faisant des efforts, j'y arrivais pas.

J'ai grandi, j'avais des amis, pas beaucoup, mais ceux d'alors sont toujours là. Ils m'ont aimée quand même. J'ai eu des amoureux. Peut-être même plus que la moyenne. Et pas nécessairement les petits binoclards dont personne ne voulait, même si j'ai parfois été amoureuse du talent de certains binoclards.

Malgré les preuves d'amour, malgré mes amis, malgré les diplômes, malgré cette sensation de cohérence entre ce que je suis et ce que je fais, 20 ans plus tard, il y a toujours tes mots, ces assassins, qui tournoient en quête de réponse.  

Je ne suis toujours pas comme les autres filles. Je ne me maquille toujours pas. Je ne me coiffe toujours pas. J'ai toujours une drôle de voix. Et on me trouve encore bizarre, parfois.

Voir les commentaires

Rédigé par Fromswithlove

Repost 0